Les ressources excédentaires d’une entreprise sont-elles forcément un atout pour innover ?
L’innovation est souvent considérée comme l’un des principaux moteurs de la compétitivité des entreprises. Certaines entreprises comme Apple, ont innové tant dans la pénurie que dans l’abondance. Mais pour innover, faut-il nécessairement disposer de ressources supplémentaires ?
C’est à cette question qu’Aurélie Monrose a consacré sa thèse, soutenue le 2 juin 2026 et intitulée « Redessiner les frontières de la relation slack-innovation : trois essais ».
Dans le langage des chercheurs en management, le « slack organisationnel » désigne les ressources dont dispose une entreprise au-delà de ce qui est strictement nécessaire à son fonctionnement quotidien. Il peut s’agir de liquidités, de capacités inutilisées de production ou humaines, ou encore de temps disponible.
Depuis plusieurs décennies, les travaux de recherche peinent à établir un consensus quant à l’effet de ces ressources excédentaires sur l’innovation. Certains auteurs considèrent qu’elles favorisent la prise de risque et l’expérimentation nécessaires à l’innovation. D’autres estiment au contraire qu’elles peuvent encourager l’immobilisme et réduire la pression à se renouveler.
Or l’innovation est loin d’être un phénomène uniforme : toutes les innovations ne se valent pas. Certaines conduisent au développement de produits et services de rupture, nouveaux pour le marché, tandis que d’autres se concentrent sur l’amélioration de l’existant. La question devient alors : quels slacks pour quelles innovations ?

Plus de ressources signifie-t-il plus d’innovation ?
Les travaux menés dans cette thèse montrent que la relation entre ressources excédentaires et innovation est plus complexe qu’il n’y paraît. Disposer de ressources supplémentaires ne garantit pas automatiquement une meilleure capacité d’innovation. Ce qui compte avant tout, c’est la manière dont ces ressources sont combinées et mobilisées au sein de l’entreprise. Certaines configurations favorisent davantage certains types d’innovations, soulignant l’importance d’un alignement entre les ressources excédentaires et les objectifs stratégiques poursuivis.
L’innovation dépasse-t-elle les frontières de l’entreprise ?
L’innovation ne résulte pas uniquement de ce que possède une entreprise en interne. Les financeurs externes, qu’il s’agisse des pouvoirs publics ou des marchés financiers, font également partie de l’équation. En effet, selon la forme que prend le soutien public ou la façon dont le marché interprète la cohérence entre type d’innovation et type de ressources, l’entreprise voit ses trajectoires et ses comportements d’innovation façonnés.
Ces travaux invitent ainsi les dirigeants à repenser la gestion de leurs ressources. Plus que leur quantité, c’est leur configuration, leur complémentarité et leur articulation avec l’environnement qui déterminent leur contribution à l’innovation. Les ressources d’une entreprise ne constituent donc pas systématiquement un avantage : elles ne deviennent un levier d’innovation que lorsqu’elles sont mobilisées de manière cohérente avec la stratégie et les relations de l’organisation avec son écosystème.
